Prise de la ville d’Uvira par le M23 après Accord de paix de Washington : Thierry Monsenepwo adresse une lettre ouverte à l’ambassadeur des USA en RDC
La lettre ouverte de Jean Thierry Monsenepwo est une question directe qu’un congolais outré pose à l’ambassadeur américain en RDC : « Quelle valeur peuvent encore avoir les accords de paix parrainés par les grandes puissances si leur violation immédiate demeure sans conséquence ? ».
Dans sa démarche, le membre du Présidium de l’Union sacrée de la nation ne comprend pas comment les rebelles soutenus par le Rwanda pouvaient connaître une poussée frénétique alors que d’aucuns ne pouvait s’y attendre après la signature le 4 décembre dernier de l’Accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington.
Ci-dessous la lettre de Jean Thierry Monsenepwo :
À Son Excellence Madame l’Ambassadrice des États-Unis d’Amérique
accréditée en République Démocratique du Congo
Excellence Madame l’Ambassadrice,
Permettez-moi, avant toute chose, de vous adresser l’expression de ma très haute considération, ainsi que celle du respect du peuple congolais à l’égard des États-Unis d’Amérique, grande Nation fondée sur des valeurs universelles de liberté, de justice et de respect du droit international.
Je vous écris aujourd’hui dans un esprit de franchise responsable, animé par un profond souci de paix, mais aussi par l’urgence vitale que traverse mon pays, la République démocratique du Congo.
Les États-Unis d’Amérique ont récemment joué un rôle déterminant en tant que parrain d’un accord de paix, suscitant un espoir légitime au sein du peuple congolais et auprès de toute la région des Grands Lacs. Cet engagement américain a été perçu comme une expression concrète de votre attachement à la stabilité régionale et à la protection des peuples vulnérables.
Or, Excellence, dès le lendemain de cet accord, des actes graves en violation flagrante de ses dispositions ont été enregistrés. La RDC a été bombardée depuis le territoire rwandais, dans un mépris total des engagements pris et du droit international. Ces faits ne relèvent ni de rumeurs ni de spéculations partisanes.
Ils sont aujourd’hui formellement corroborés par le rapport du Groupe d’experts des Nations unies, rendu public le 7 décembre 2025, lequel confirme la présence de 6 000 à 7 000 militaires des Forces de défense rwandaises (RDF) sur le territoire congolais, opérant en appui direct au groupe armé M23 dans une entreprise manifeste de déstabilisation de la RDC.
Ces révélations d’une extrême gravité posent une question essentielle, non seulement pour la RDC, mais pour la communauté internationale tout entière :
quelle valeur peuvent encore avoir les accords de paix parrainés par les grandes puissances et la vieille démocratie, si leur violation immédiate demeure sans conséquence ?
Excellence Madame l’Ambassadrice,
L’histoire récente nous enseigne que l’inaction face aux violations répétées du droit international affaiblit l’ordre mondial lui-même. Les États-Unis ont, par le passé, su se montrer fermes lorsque des principes fondamentaux étaient menacés — que ce soit en Europe de l’Est, au Moyen-Orient ou ailleurs. Cette constance morale a fait la crédibilité et l’autorité de votre pays sur la scène internationale.
Aujourd’hui, le peuple congolais s’interroge avec gravité : les mêmes valeurs de souveraineté, d’intégrité territoriale et de protection des civils sont-elles défendues avec la même détermination en Afrique ?
Il serait profondément dommageable que l’image et la parole des États-Unis, en tant que garant d’accords et défenseur de la paix, soient fragilisées par une tolérance, même tacite, envers des violations aussi manifestes commises par un État voisin agissant hors de son territoire.
Je tiens, à ce stade, à souligner avec force la bonne foi constante du Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui n’a jamais ménagé ses efforts pour privilégier la voie du dialogue, de la médiation régionale et de la diplomatie internationale.
De Nairobi à Luanda, de Doha à Washington, le Chef de l’État congolais a fait le choix courageux de la paix, parfois au prix de lourds sacrifices politiques et humains, convaincu que la stabilité régionale ne peut se construire par la force ou la prédation.
Excellence Madame l’Ambassadrice,
La situation actuelle n’est plus seulement un enjeu congolais. Elle engage la crédibilité morale et stratégique de l’ordre international, ainsi que celle des États qui en sont les principaux architectes.
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Le peuple congolais attend, avec espoir mais aussi avec lucidité, que les États-Unis :
- exigent le respect strict de l’accord de paix qu’ils ont parrainé ;
- condamnent clairement toute présence militaire étrangère illégale sur le sol congolais ;
- utilisent leur influence diplomatique pour que cessent immédiatement les agressions et que les mécanismes de responsabilité internationale soient pleinement activés.
Car derrière les chiffres et les rapports, il y a une réalité tragique : des vies humaines, des familles déplacées, des villes menacées, et un pays qui refuse de disparaître dans l’indifférence.
Je vous remercie, Excellence Madame l’Ambassadrice, pour l’attention que vous porterez à cet appel, lancé au nom de la paix, de la justice et de la dignité d’un peuple qui continue de croire aux valeurs que les États-Unis proclament et incarnent à travers le monde.
Veuillez agréer,
Excellence Madame l’Ambassadrice,
l’expression de ma considération.
Fait à kinshasa le 10 décembre 2025
Ambassadeur PCA
Jean-Thierry Monsenepwo